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Quand le hasard fait bien les choses…

03/09/2017

 

Et si, en fin de compte, le hasard n'existait pas ?  Vous doutez ?

 

Voici une anecdote, liée à l’écriture de ce livre et qui d’une certaine manière prouve la pertinence de cette interrogation. Elle est tellement surprenante que vous aurez du mal à la croire véridique et pourtant, en toute sincérité je puis vous l’assurer : elle vous est livrée telle qu’elle s’est passée, sans rajout, omission ou changement de ma part.

 

Au tout début de la création de ce roman, j’avais été amené à effectuer des recherches historiques à propos d'une potion concoctée par des voleurs du Moyen Âge. Potion miraculeuse qui leur permettait d’éviter de contracter la peste. Immunisés grâce à elle ils réalisèrent de nombreux larcins dans des maisons dont les propriétaires étaient morts de cette maladie.

 

Cette mixture, plus connue sous le nom de « Vinaigre des Quatre Voleurs », me posait bien des soucis. Impossible de trouver le moindre renseignement précis quant à sa formule et son origine. (à cette époque internet n’était pas encore la puissante encyclopédie que l’on connait de nos jours et qui permet de trouver rapidement tout sur tout). Bref, j'étais dans cette recherche, lorsque subitement je fus obligé de rendre auprès de ma mère gravement malade. Je planifiais à la hâte un voyage en voiture pour me rendre dans un village prés de Tarbes. Partant de Grenoble j’avais prévu de passer par Valence et Toulouse.

 

Je suppose que vous avez remarqué, vous aussi, que les voyages favorisent les rencontres surprenantes. L'esprit vagabonde, se rend disponible et s'en remet sans le savoir au « hasard. » Hasard de lieu, hasard de rencontre, hasard de situation.

 

L’écriture de ce roman aussi étrange que cela puisse paraître avait exacerbé ma sensibilité, au point qu'une sorte d'intuition m'amenait à croire qu'une chose étrange allait survenir lors de ce voyage. J'étais à l'écoute, réceptif au moindre signe, comme pouvait l'être un chasseur à l'affût de sa proie.

 

Tôt le matin, je sortais de Grenoble afin de rejoindre la voie rapide menant à l'autoroute, lorsque je vis deux jeunes filles en train de s'installer pour faire du stop. Bien que je sois peu enclin à le faire, je décidais spontanément de les prendre en arrêtant la voiture sur la route, gênant assez fortement la circulation. Les filles venaient juste d'arriver et n'avaient pas encore eu le temps d'écrire leur destination sur un panneau. Je les pris de court, si bien que le début de la conversation se révéla assez confus.

 

J'abaissai la fenêtre, côté passager et leur demandai :

 

- Vous faites du stop ? Vous allez où ?

Une des auto-stoppeuses complètement sidérée me répondit :

- Heu...

Puis, regardant furtivement sa copine comme si elle avait besoin qu’on lui souffle la réponse, elle précisa :

- à Valence, vous pouvez nous prendre ?

- Oui, c'est sur ma route, pas de problème, je vous y amène.

 

Deuxième petit moment d'hésitation avec une figure toujours aussi sidérée :

- Heu...

Rapidement suivi de :

- En fait, vous allez où exactement ?

 

Surpris, je commençai à me demander si en définitive elles avaient une destination précise.

- Un petit peu plus loin que Toulouse, pourquoi ?

 

À ces mots la surprise fit place à des hurlements de joie :

- Ce n’est pas possible ! C'est exactement où l’on va ! On a dit Valence parce qu'on n'imaginait pas qu'il passerait ici une voiture nous amenant à Toulouse.

 

Puis, se tournant toute excitée vers sa copine :

- Tu te rends compte, c'est incroyable ! La chance qu'on a, j'y crois pas ! La première voiture qui s'arrête va à Toulouse ! On va arriver avant eux. (Elle parlait de leurs copains avec qui elles avaient rendez-vous dans cette ville et qui étaient déjà partis en voiture sans pouvoir les prendre par manque de place).

- Aucun problème, je vous y amène, montez, dis-je un peu pressé de libérer la file de voitures qui commençaient à s’accumuler derrière moi.

 

Elles montèrent dans la voiture, totalement abasourdies par leur chance. Il est vrai que la probabilité d'un tel évènement est assez faible, pas nulle, mais faible. Suffisamment faible pour que je considère cet évènement comme étant le signe que j'attendais. J’en étais sûr, cette rencontre ne relevait plus désormais du « hasard ».

Je pris toutefois le parti de lâcher prise, de laisser faire les choses, sans essayer à tout prix de découvrir le pourquoi de cette rencontre. De toute façon, si mon intuition se confirmait, la raison de tout cela devait surgir naturellement « par hasard », sans que je fasse ou dise quoi que ce soit.

 

Nous nous mîmes à bavarder de choses et d'autres. Je parlais, je les écoutais, restant constamment en éveil, attendant avec certitude l'instant où tout ceci allait prendre un sens. Nous roulâmes ainsi jusqu'aux environs de Valence où nous décidâmes de faire une courte pause à une aire. Lorsque nous reprîmes le trajet, les deux filles décidèrent d’échanger leur place. La conversation reprit rapidement avec ma nouvelle voisine, une étudiante en histoire. Nous avions à peine fait quelques kilomètres, que spontanément, sans aucune influence de ma part, elle me dit :

« Vous savez, nous faisons des choses passionnantes. Tenez par exemple : oh ! Vous ne devez pas savoir, ce n’est pas très connu, nous nous sommes amusées à fabriquer du « Vinaigre des Quatre Voleurs », cela servait à se prémunir contre la peste et en plus c'est dingue ça marche ! »

J'ai tenu mon volant très fort, me disant à moi-même : voilà, nous y sommes toute cette « mise en scène » savamment orchestrée par nos esprits, avait en réalité deux buts :

- me faire rencontrer la personne de Grenoble qui pouvait me donner spontanément, sans que je le demande, les informations qui me manquaient sur ce sujet.

- me faire vivre ce que j'étais en train d'imaginer pour mon roman, afin peut-être de me confirmer que le hasard n’est qu’une savante mise en scène imaginée par son propre esprit, mais à notre insu !

Surprenant n'est-ce pas ? La vie est parfois tellement extraordinaire qu'elle ne peut être écrite dans un livre, trop incroyable pour paraître crédible aux yeux des lecteurs !

 

Alors, quitte à s'amuser avec le hasard, autant aller jusqu'au bout. Je n'ai rien dit à ma voisine, ni de mon intuition, ni de ma quête sur le « Vinaigre des Quatre Voleurs », ni que cette rencontre était pour moi loin d'être fortuite. Nous avons continué à parler, comme si de rien n'était, du Vinaigre des Quatre Voleurs bien sûr, mais aussi de choses et d'autres, d'elle, du hasard, de mon livre, de mes personnages, de ce qu'elle en pensait, comment elle les imaginait. Je savourais cet instant si simple, et si magnifiquement mis en scène par nos esprits et nous étions contents d’échanger simplement nos idées et de discuter. Lorsque nous nous sommes quittés à Toulouse, j'ai vu dans ses yeux comme un voile de nostalgie. Vous savez, celui qui apparaît quand on prend conscience qu'un moment privilégié est en train de s'achever à jamais. Elle m'a juste demandé, avant que je parte :

- Au fait, comment s'appelle votre livre déjà ?

- « Entre hier et aujourd'hui »

- Ah oui, dit-elle en hochant la tête. Si je le vois en librairie, je le lirai, promis.

 

Je n'ai pas voulu prendre ses coordonnées. Autant laisser faire le « hasard », il fait si bien les choses. Il pourrait, par exemple, faire en sorte qu'un jour une dame rentre dans une librairie, flâne parmi les rayons, accroche sans le « vouloir » une pile de livres, en fait tomber un. Elle le ramasse, un peu confuse, et lit le titre. Tien, il lui rappelle vaguement quelque chose, mais quoi ? Impossible de se souvenir. Alors, elle le feuillette, lit cette préface : incroyable, elle parle d’elle ! Soudain, les souvenirs remontent à la surface. Elle se revoit en voiture en train de discuter avec l'auteur, celui qui l'avait jadis, prise en stop avec sa copine. Elle se met à sourire et décide de l'acheter, afin de tenir sa promesse. Peut-être en est-il de même pour vous ? Ce livre est-il vraiment tombé dans vos mains par hasard ?

 

 

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© 2017 par Gilbert Durand